Règles du backgammon : mise en place, déplacements et calcul des points


Jeux de société, Un peu d'histoire / lundi, octobre 26th, 2026

Ouvrez un coffret de backgammon : deux fois douze flèches, trente pions, deux dés et souvent un drôle de cube gravé de chiffres. Le matériel intimide un peu, alors que la règle tient en quelques paragraphes. Voici comment installer le plateau, déplacer ses pions, sortir avant l’adversaire et compter les points, avec un détour par l’histoire de ce jeu de tables bien plus jeune que son matériel.

Coffret de backgammon en bois ouvert sur un meuble sombre, flèches marquetées et pions rangés dans une petite boîte
Photo : Tahir Xəlfəquliyev / Pexels

Le backgammon en bref

Le backgammon se joue à deux, avec 15 pions chacun et deux dés. Les deux joueurs font avancer leurs pions en sens contraire sur 24 cases, appelées flèches ou points. Le but : ramener ses 15 pions dans son propre jan intérieur (le quart du plateau le plus proche de l’arrivée), puis les sortir du plateau. Le premier qui a sorti tous ses pions gagne.

Les dés imposent les distances, le joueur choisit quels pions bouger. C’est ce mélange qui fait le sel du jeu : une partie isolée peut se perdre sur un mauvais jet, tandis que la qualité des décisions pèse davantage à mesure que les parties s’accumulent. Le backgammon est souvent décrit comme un jeu de hasard raisonné.

Le plateau et la mise en place

Le tablier est divisé en quatre quarts de six flèches, les jans. Une séparation centrale, la barre, coupe le plateau en deux. Chaque joueur a donc un jan intérieur (son arrivée) et un jan extérieur, face aux deux jans de l’adversaire. L’alternance des couleurs des flèches ne sert qu’à compter plus vite.

On numérote les flèches de 1 à 24 pour chaque joueur, en partant de son jan intérieur. La flèche 24 d’un joueur est donc la flèche 1 de son adversaire. Cette numérotation sert surtout à décrire les positions, même lorsqu’elle n’est pas imprimée sur le plateau. La mise en place est la même pour les deux camps :

  • 2 pions sur sa flèche 24, au fond du jan intérieur adverse ;
  • 5 pions sur sa flèche 13, dans le jan extérieur adverse ;
  • 3 pions sur sa flèche 8, dans son jan extérieur ;
  • 5 pions sur sa flèche 6, dans son jan intérieur.

Selon le côté où l’on s’assoit, le jan intérieur peut se trouver à droite ou à gauche : la position est simplement inversée en miroir. Les pions avancent toujours vers les numéros décroissants, du jan intérieur adverse vers le sien, et ne reculent jamais.

Comment se déroule un tour

Qui commence ?

Chaque joueur lance un seul dé. Le plus haut commence et joue directement la combinaison formée par les deux dés de ce premier jet. En cas d’égalité, on relance : une partie ne s’ouvre donc jamais sur un double. Ensuite, chacun lance ses deux dés à tour de rôle. Selon la règle de la Fédération française de backgammon, les dés doivent s’arrêter à plat dans la moitié droite du plateau, sinon on rejoue le jet.

Déplacer ses pions

Chaque dé correspond à un déplacement distinct. Avec un 5 et un 3, vous pouvez avancer un pion de 5 cases et un autre de 3, ou un seul pion de 8 cases, à condition que la case intermédiaire (à 3 ou à 5) ne soit pas fermée par deux pions adverses ou plus. Un double se joue quatre fois : un double 6 donne quatre déplacements de 6 cases, répartis comme vous le souhaitez.

Un pion peut s’arrêter sur une flèche vide, sur une flèche occupée par ses propres pions, ou sur une flèche où l’adversaire n’a qu’un seul pion. Une flèche tenue par deux pions adverses ou plus est fermée.

Deux règles évitent les arrangements. Vous devez jouer les deux dés si c’est possible. Pour un double, jouez les quatre déplacements ou, si cela est impossible, le maximum de déplacements légaux. Si un seul des deux nombres peut être joué, vous jouez celui-là ; si l’un ou l’autre est jouable mais pas les deux, vous jouez le plus fort. Si rien n’est possible, vous passez votre tour.

Frapper un pion et le faire rentrer

Un pion seul sur une flèche s’appelle un blot, terme anglais repris tel quel par les joueurs français. Si un pion adverse s’y pose, il est frappé et placé sur la barre. Son propriétaire doit alors le faire rentrer avant tout autre mouvement : il le pose dans le jan intérieur adverse, sur la flèche qui correspond à l’un de ses dés, si elle n’est pas fermée. Avec un 4 et un 6, on rentre sur la flèche 4 ou 6 de l’adversaire. Si les deux sont fermées, le tour est perdu.

Tant qu’un pion attend sur la barre, rien d’autre ne bouge. C’est pour cela que les joueurs cherchent à fermer plusieurs flèches de leur jan intérieur : un adversaire frappé peut rester bloqué plusieurs tours.

Plateau de backgammon en bois marqueté avec deux dés et des pions clairs et foncés alignés sur les bords
Photo : Tahir Xəlfəquliyev / Pexels

Sortir ses pions et gagner

Dès que vos 15 pions sont dans votre jan intérieur, vous pouvez commencer à les sortir. Un 6 sort un pion de la flèche 6, un 3 un pion de la flèche 3, et ainsi de suite. Si la flèche indiquée par le dé est vide, vous devez jouer un mouvement normal avec un pion placé plus haut. S’il n’y a aucun pion plus haut, vous sortez le pion de la flèche occupée la plus haute. Rien ne vous oblige à sortir un pion si un autre déplacement légal existe.

Si l’un de vos pions est frappé pendant cette phase, il repart de la barre et doit revenir dans votre jan intérieur avant que vous puissiez reprendre la sortie.

Compter les points : simple, gammon et backgammon

Le vainqueur marque selon l’avance qu’il a prise :

  • partie simple : le perdant a déjà sorti au moins un pion, elle vaut 1 point ;
  • gammon : le perdant n’a sorti aucun pion, elle vaut 2 points ;
  • backgammon : le perdant n’a sorti aucun pion et il lui reste un pion sur la barre ou dans le jan intérieur du gagnant, elle vaut 3 points.

Le mot backgammon désigne donc aussi cette victoire triple.

Le videau, ce cube qui double la mise

Le cube marqué 2, 4, 8, 16, 32 et 64 s’appelle le videau, ou cube de doublement. Au début de son tour, avant de lancer les dés, un joueur qui se sent en avance peut proposer de doubler la valeur de la partie. L’adversaire refuse et perd immédiatement la valeur en cours, ou accepte et prend le cube : lui seul pourra proposer le doublement suivant. Le videau multiplie aussi le gammon et le backgammon.

Il est apparu tard, dans les années 1920 à New York, dans des clubs de jeu du Lower East Side. Il oblige à estimer ses chances de gagner autant qu’à choisir le bon coup. En famille, on peut très bien le laisser dans la boîte pour les premières parties.

Plusieurs règles optionnelles circulent, à annoncer avant de jouer. La règle Jacoby ramène gammons et backgammons à la valeur d’une partie simple tant qu’aucun doublement n’a été proposé. Le « beaver » permet de redoubler aussitôt après avoir reçu un doublement, en gardant la possession du cube. Avec les doublements automatiques, le cube passe à 2 quand les deux joueurs obtiennent le même chiffre au lancer qui désigne le premier joueur.

Un jeu jeune sur un très vieux plateau

Le matériel du backgammon appartient à la famille des jeux de tables, qui remonte à l’Antiquité. Les Romains pratiquaient le ludus duodecim scriptorum sur trois rangées de 12 cases. La tabula, attestée notamment par une épigramme consacrée au jeu de l’empereur byzantin Zénon, à la fin du Ve siècle, a été reconstruite comme un jeu à 24 flèches et trois dés. Ses règles exactes restent discutées ; elle ne comportait pas de cube de doublement.

En Espagne, le Libro de los juegos achevé en 1283 pour Alphonse X de Castille décrit plusieurs jeux de tables, dont le todas tablas. En France, Rabelais cite le « toutes tables » parmi les jeux de Gargantua en 1534. Le mot backgammon, lui, apparaît en Angleterre en 1647, sous la forme « baggammon », dans une lettre de James Howell. Il y supplante peu à peu l’Irish, un jeu de tables alors jugé plus sérieux. Edmond Hoyle lui consacre un traité au milieu du XVIIIe siècle, et les règles actuelles, avec la barre centrale et le gammon, sont en place vers 1850.

La France a eu ses propres cousins. Le trictrac, jeu de cour aux XVIIe et XVIIIe siècles, se joue sur le même tablier mais avec un but différent : marquer des points plutôt que sortir ses pions le premier. Le jacquet, apparu au début du XIXe siècle, fait avancer les deux camps dans le même sens. Si les vieux jeux de plateau vous intéressent, l’histoire du jeu de dames et celle des origines du jeu d’échecs racontent d’autres histoires de plateaux qui ont traversé les siècles.

Le backgammon a connu un grand engouement aux États-Unis dans les années 1960, porté par le prince Alexis Obolensky, organisateur d’un premier grand tournoi international en 1964. Ailleurs, le jeu ne s’est jamais démodé : on joue au tavla en Turquie, au tavli en Grèce, au nardi en Géorgie ou au takhteh nard en Iran, souvent avec des variantes locales.

Choisir un plateau en bois

Le backgammon se vend presque toujours en coffret pliant, qui se referme comme une mallette. Quelques repères avant d’acheter :

  • La taille. Un grand plateau laisse rouler les dés confortablement ; un modèle de voyage tient dans un sac mais les dés y sautent vite par-dessus bord. Pour une valise, il rejoint naturellement la liste des jeux à emporter en vacances.
  • Les flèches. Peintes, sérigraphiées ou en marqueterie (des pièces de bois de teintes différentes incrustées dans le plateau), elles doivent rester lisibles. Une marqueterie très chargée est belle mais peut gêner le comptage.
  • Les charnières et la fermeture. C’est souvent là qu’un coffret vieillit mal ; vérifiez qu’il ferme à plat sans jeu.
  • Le contenu. Un jeu complet compte 30 pions, deux paires de dés, deux gobelets et un videau. Les gobelets limitent les lancers contestés.
  • L’origine du bois. Si la provenance compte pour vous, notre article sur les labels FSC et PEFC explique ce que ces mentions garantissent, et ce qu’elles ne garantissent pas.

Pour un débutant, un plateau simple et bien lisible suffit largement. Les coffrets marquetés relèvent plutôt du bel objet, ce qui est une autre raison, tout à fait valable, de les choisir.

Pour aller plus loin

Le backgammon partage avec le jeu de l’oie le principe du parcours aux dés, avec beaucoup plus de décisions à chaque tour. Si vous aimez les règles courtes qui ouvrent sur de longues parties, les dominos jouent dans la même catégorie. Côté backgammon, la Fédération française de backgammon publie une règle détaillée illustrée, un glossaire et la liste des clubs. Le logiciel libre GNU Backgammon sert aussi à analyser ses parties une fois les bases acquises.

Sources

  • Fédération française de backgammon, Règles du jeu : vocabulaire, début de partie, lancer des dés.
  • Backgammon Galore, Rules of Backgammon : mise en place, déplacements, entrée, sortie, doublement, gammon, règles optionnelles.
  • Encyclopaedia Britannica, Backgammon : matériel, déroulement, valeur des victoires.
  • Wikipedia (en), Backgammon : jeux de tables, tabula, mention de 1647, règles modernes vers 1850, videau des années 1920, essor des années 1960.
  • Wikipédia (fr), Backgammon et Trictrac : Libro de los juegos, toutes tables, trictrac, jacquet, variantes nationales.

Sources consultées le 26 octobre 2026.