Une boîte de dominos traîne dans presque tous les placards de maison de famille. Les règles, elles, voyagent moins bien : chacun a appris « sa » version, avec ou sans pioche, en comptant les points ou pas, et la première partie entre cousins tourne vite au débat. Voici la règle de base la plus répandue, les variantes qu’on rencontre le plus souvent, la façon de compter les points, puis quelques repères pour choisir un jeu en bois qui dure.

Le matériel : 28 dominos, de double-blanc à double-six
Le jeu standard est dit double-six. Chaque domino est un rectangle deux fois plus long que large, partagé par un trait en deux moitiés. Chaque moitié porte de 0 à 6 points, le zéro étant représenté par une face vide (le « blanc »). Toutes les combinaisons existent une seule fois, ce qui donne 28 pièces, du double-blanc au double-six.
Quelques mots de vocabulaire évitent bien des malentendus à table :
- un double porte la même valeur sur ses deux moitiés (double-trois, double-six) ;
- une famille regroupe tous les dominos qui portent un même chiffre : le 3-5 appartient à la fois à la famille des 3 et à celle des 5 ;
- la pioche (ou talon) désigne les dominos restés face cachée après la distribution.
Il existe des jeux plus grands : double-neuf (55 pièces), double-douze (91), double-quinze (136) ou double-dix-huit (190). Ils servent surtout quand on joue à plus de quatre, ou pour des variantes plus longues comme le train mexicain. Pour apprendre, le double-six suffit largement.
La règle de base, partie par partie
La forme la plus ancienne en Europe est un jeu de blocage : le but est de se débarrasser de tous ses dominos avant les autres. Voici le déroulement le plus courant.
1. Mélanger et distribuer
On retourne les 28 dominos face cachée et on les mélange à plat sur la table. Chaque joueur en prend un nombre fixé avant la partie. Les usages varient, mais on rencontre souvent 7 dominos chacun à deux joueurs, et 5 à 7 dominos à trois ou quatre selon qu’on joue avec ou sans pioche. Chacun pose ses dominos sur la tranche devant lui, points tournés vers soi.
2. Désigner celui qui commence
Deux habitudes coexistent. Dans une règle très répandue, le joueur qui détient le double le plus fort (le double-six, sinon le double-cinq, etc.) ouvre la partie avec ce double. Dans d’autres, on tire au sort, et le premier joueur pose le domino de son choix. Le site de référence Pagat signale d’ailleurs que la pose libre du premier domino est courante en France. Mettez-vous d’accord avant de commencer, c’est le meilleur moyen d’éviter la première dispute.
3. Poser en faisant correspondre les extrémités
Chacun à son tour pose un domino à l’une des deux extrémités de la ligne, en accolant une moitié de même valeur : un 4 contre un 4, un blanc contre un blanc. La chaîne s’allonge ainsi dans les deux sens. Les doubles se placent traditionnellement en travers de la ligne, ce qui les rend faciles à repérer.
4. Quand on ne peut pas jouer
C’est ici que les règles divergent le plus :
- Sans pioche (jeu « bloqué ») : le joueur qui ne peut pas poser passe son tour. Aux Antilles, on dit qu’il est « boudé », et la tradition martiniquaise veut qu’il frappe la table pour l’annoncer.
- Avec pioche : le joueur pioche jusqu’à trouver un domino jouable. Une variante répandue laisse toujours deux dominos dans la pioche, qu’on ne tire jamais.
5. Fin de la manche
La manche s’arrête quand un joueur pose son dernier domino (« domino ! »), ou quand plus personne ne peut jouer. Dans ce second cas, on dit que le jeu est fermé : chaque joueur compte les points restant dans sa main, et c’est celui qui en a le moins qui gagne la manche.
Compter les points sans se disputer
On peut jouer « à la manche », en notant simplement qui gagne. Pour une partie plus longue, la méthode la plus courante consiste à attribuer au gagnant la somme des points restant dans les mains de ses adversaires. Pagat décrit une version un peu plus fine : le gagnant marque le total de ses adversaires moins ses propres points restants, et en cas d’égalité pour le plus petit total, personne ne marque.
Pour fixer la fin de partie, les règles anglo-saxonnes proposent souvent 100 points à deux joueurs ou en équipes, et 61 points à trois ou quatre. Ce chiffre de 61 n’a rien de magique : il permet d’utiliser une planchette de cribbage pour tenir le score. À la maison, une feuille et un crayon font très bien l’affaire, et rien n’empêche de jouer en 50 points avec des enfants.
Un exemple simple : à deux, Léa pose son dernier domino. Il reste à Paul le 6-4 et le 2-1, soit 13 points. Léa marque 13. Si le jeu s’était fermé avec 13 points chez Paul et 5 chez Léa, Léa aurait gagné la manche et marqué 13 – 5 = 8 points selon la version de Pagat.
Trois variantes qui changent vraiment le jeu
Les « cinq et trois », le jeu des pubs britanniques
Le Fives and Threes transforme le domino en jeu de calcul. Après chaque pose, on additionne les valeurs des deux extrémités de la ligne (un double en bout compte pour ses deux moitiés). Si le total est un multiple de 3 ou de 5, on marque : 1 point pour un total de 3 ou 5, 2 points pour 6 ou 10, 3 pour 9, 4 pour 12 ou 20, 6 pour 18, et 8 points pour 15, qui est à la fois cinq fois 3 et trois fois 5. La partie se joue en 61 points exacts : un coup qui ferait dépasser ce total ne compte pas. D’après Pagat, c’est la variante des ligues de pubs au Royaume-Uni et celle du championnat national britannique lancé en 1985.
Le Stockel, une règle de café bruxellois
L’article francophone de Wikipédia cité en sources décrit une variante pratiquée depuis le XIXe siècle dans les cafés de Stockel, en périphérie de Bruxelles. Elle se joue avec les 28 pièces à deux, trois ou quatre. Le joueur qui a le double-blanc commence (sinon le double-un, et ainsi de suite), et il peut poser autant de dominos qu’il le peut à la suite. Le suivant attend son tour, pioche s’il est bloqué et reprend la pose s’il tire un domino jouable.
Les casse-têtes de dominos
Les dominos se jouent aussi en solitaire. Dès la fin du XVIIIe siècle, la France éditait des problèmes de dominos : reproduire un motif en faisant coïncider les extrémités, ou placer les pièces pour que des lignes atteignent un total donné. Le vulgarisateur scientifique russe Yakov Perelman en a proposé un célèbre : former sept carrés de quatre dominos dont les quatre côtés totalisent le même nombre de points. Si ce genre de défi vous plaît, notre tour d’horizon des familles de casse-têtes en bois prolonge la réflexion.
Une histoire entre la Chine, l’Italie et la France
La plus ancienne mention de dominos se trouve en Chine, dans un texte de Zhou Mi (1232-1298) sur la vie de Hangzhou. Les dominos chinois sont pourtant assez différents des nôtres : un jeu de 32 pièces qui représente les résultats de deux dés, sans faces blanches, avec des doublons.
Les dominos européens apparaissent au milieu du XVIIIe siècle, en Italie puis en France. Les historiens n’ont trouvé aucun lien confirmé avec les dominos chinois : le jeu a pu naître de façon indépendante. Le mot « domino » comme nom de jeu est attesté pour la première fois en 1762 dans la revue L’Avantcoureur, puis dans le Dictionnaire de Trévoux de 1771. Son origine reste discutée : on l’associe le plus souvent au domino, ce vêtement à capuchon devenu costume de bal masqué, et le double-un rappelle un loup noir à deux yeux. Le jeu passe ensuite en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, peut-être par l’intermédiaire de prisonniers de guerre français.
Au XIXe siècle, c’est un jeu de café. Une encyclopédie britannique de 1889 notait qu’il n’était nulle part plus populaire que dans les cafés de France et de Belgique. On retrouve là une trajectoire proche de celle du jeu de dames, autre grand classique des tables de bistrot, alors que les échecs ont gardé plus longtemps une image de jeu savant.
Os, ébène, bois clair : de quoi sont faits les dominos
Les dominos anciens étaient fabriqués en os, en ivoire, en nacre ou en bois sombre comme l’ébène, souvent en combinant une face claire et un dos noir. En France, ce travail relève de la tabletterie, dont Méru, dans l’Oise, fut un grand centre. Le musée de la Nacre et de la Tabletterie, installé dans une usine du XIXe siècle, montre encore lors de ses visites guidées la fabrication d’un jeu de dominos traditionnel en os et bois d’ébène. Après la Première Guerre mondiale, le plastique a progressivement remplacé l’os.

Le rivet de métal, souvent en laiton, planté au centre de certains dominos, protège leur face pendant le mélange et facilite la rotation de la pièce sur la table, selon Dominoes FAQ.
Choisir un jeu de dominos en bois
Face au plastique ou à la résine, le bois a ses atouts : un toucher plus chaleureux, une patine qui vieillit bien. Un jeu en bois demande pourtant quelques vérifications. Voici les points qui comptent vraiment.
- Les points : gravés ou incrustés, ils résistent mieux que de simples points imprimés, qui s’effacent avec les années de mélange sur la table.
- Le contraste : des points sombres sur un bois clair ou des points clairs sur un bois teinté restent lisibles en fin de soirée et pour les joueurs dont la vue baisse.
- L’épaisseur et le poids : des pièces trop fines tiennent mal sur la tranche ; des pièces épaisses et denses se manipulent mieux.
- La finition : des arêtes poncées et un vernis ou une huile régulière évitent les échardes et les taches.
- La boîte : une boîte à couvercle coulissant ajusté évite de perdre une pièce, ce qui rendrait le jeu incomplet.
- L’origine du bois : si ce critère compte pour vous, cherchez un label vérifiable plutôt qu’une mention vague, comme nous l’expliquons dans notre article sur les labels FSC et PEFC des jouets en bois.
Pour les enfants, référez-vous à l’âge indiqué par le fabricant sur l’emballage : les dominos sont de petites pièces et ce marquage relève de sa responsabilité. Il existe aussi des dominos à images (animaux, couleurs, formes) qui reprennent le même principe d’association pour les plus jeunes. Le jeu de dominos se glisse facilement dans un sac, ce qui en fait un bon candidat pour la liste des jeux à emporter en vacances.
Et après la première partie ?
Une fois la règle de base installée, le jeu change beaucoup selon qu’on compte les points ou non. Le Fives and Threes oblige à surveiller les deux bouts de la ligne en permanence ; le jeu bloqué à quatre récompense ceux qui retiennent quels chiffres sont déjà sortis. Le hasard de la distribution compte, mais la mémoire fait souvent la différence. Si vous aimez ces jeux simples où le comptage des points provoque des discussions animées, nos règles du mölkky vous parleront aussi. Et vous, chez vous, on joue avec ou sans pioche ?
Sources
- Pagat, Block Dominoes et Draw Dominoes : distribution, pose des doubles, décompte, parties en 100 ou 61 points, variantes nationales.
- Pagat, Fives and Threes : barème des multiples de 3 et de 5, fin de partie en 61 points exacts.
- Pagat, History of Dominoes : arrivée en Italie, en France puis en Grande-Bretagne, casse-têtes français du XVIIIe siècle.
- Wikipedia (EN), Dominoes : dominos chinois, première attestation du mot en 1762 et 1771, tailles des jeux.
- Wikipédia (FR), Dominos (jeu) : règles avec et sans talon, usages antillais, variante de Stockel, Méru, rivet de laiton.
- Musée de la Nacre et de la Tabletterie, Méru : démonstration de fabrication d’un jeu de dominos en os et ébène.